Qu’est-ce qui lie encore la France à l’«Orient compliqué» ?

FIGAROVOX/Lecture – L’historien Jean-François Figiac revient sur les relations complexes entre la France et l’Orient de Louis XV à Emmanuel Macron.

Jean-François Figiac enseigne l’histoire contemporaine à Sciences Po Aix-en-Provence. Il publie « La France et l’Orient, de Louis XV à Emmanuel Macron » chez Passes Compos.


FIGAROVOX. — De François Iereuh Pour Jacques Chirac, la France était considérée comme ayant une relation particulière avec le monde arabe. Dans votre livre, vous tentez en partie de corriger cette idée reçue. Est-ce à dire que la France rêve d’une amitié qui n’a jamais existé en réalité ? A quoi attribuez-vous cette croyance ? Qu’est-ce que c’est vraiment ?

JEAN-FRANCOIS FIGEAC. – Cette croyance a conduit à deux mythes troublants. Le premier, forgé dans le cadre de la politique arabe de la France sous VE La France a toujours été considérée comme ayant un rôle historique en Orient, depuis la République, les Rois de France. Ce dernier est hérité du travail selon le mouvement Études postcoloniales Prôner un agenda politique multiculturel : La France a un héritage oriental qu’il faut désormais assumer. En fait, à l’exception du Liban, un lien particulier s’est forgé au milieu du XIXe siècle.E Au cours du siècle, l’amitié de la France avec le monde arabe est rarement restée dans l’air du temps. Il n’y a jamais eu de stabilité dans le contenu, mais plutôt une alternance de phases de meilleure compréhension et de phases de méfiance. Par exemple, une période de tension momentanée a suivi pendant la période coloniale après que le général de Gaulle a pris une position pro-palestinienne après la guerre des Six jours en 1967. Il est certain que ces relations ironiques sont désormais révolues, du fait de la concurrence française des autres puissances (Etats-Unis, Russie, Turquie) dans les deux domaines. douce puissanceLa montée de l’islamisme radical renforce l’impatience contre le modèle français de laïcité.

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Au vu du rapport entre la France et l’Orient, faut-il séparer la question du rapport à l’Islam d’une part, et à l’Orient d’autre part ? Ou, au contraire, sont-ce les deux faces d’une même médaille ? A quel aspect culturel cela fait-il référence ?

Historiquement, le rapport à l’islam a été un thème important de la présence française au Moyen-Orient (par Persistance de l’idée de croisade, notamment à travers la défense chrétienne de l’Orient et des lieux saints), mais il n’est pas le seul. A l’origine il y avait d’autres enjeux, notamment commerciaux, concernant les soi-disant Echelles du Levant sous l’ancien régime. La diplomatie française peut être si complètement déconnectée de la logique que certains pourraient être tentés de la qualifier de choc des civilisations face à l’islam. Ainsi, lors de la guerre de Crimée, de 1853 à 1856, les Français, alliés aux Britanniques, cherchent à protéger le sultan et le calife ottoman contre la menace du tsar russe, qui fait de la reconquête chrétienne de Constantinople un enjeu majeur. La tolérance de la Sublime Porte envers la minorité chrétienne a contribué à cet ajustement. Néanmoins, depuis une cinquantaine d’années, on voit apparaître de nouvelles logiques religieuses. La première manifestation en a été le laboratoire libanais et les massacres de chrétiens dans les années 1980. L’institutionnalisation de l’islam salafiste avec Daech, ainsi que la diplomatie apparemment hostile de certains États, comme la Turquie du président Erdogan, ont encore contribué à la résurgence d’enjeux préexistants autour de la question de l’islam. Force est de constater que cette tendance recoupe les enjeux de politique intérieure, la montée du communautarisme dans les banlieues et les tensions autour de cette question dans l’opinion publique française.

Dès son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a cherché à opposer ses deux prédécesseurs, que l’on croyait en rupture avec la tradition gaulliste.

Jean-François Figiac

Votre travail porte spécifiquement sur l’histoire de l’opinion publique française vis-à-vis de l’Orient, et votre livre couvre en partie cette approche. Comment les Français ont-ils perçu cet « Orient complexe » tout au long de leur histoire ?

La prise de conscience des enjeux géopolitiques de l’Est et de leur impact sur les équilibres européens s’inscrit dans la durée. Au XIXe s’appelait la “question d’Orient”.E Le siècle est indéniablement un tournant à cet égard. A cette époque, alors que la Sublime Porte s’affaiblit, face à la double pression des impérialistes européens concurrents et des mouvements de nationalisme, des élites plus intellectuelles (propagandistes, écrivains, historiens, juristes) produisent des projets. Pour la partition de l’Empire ottoman entre les puissances européennes. Après la chute et le déclin de ce vaste territoire après la Première Guerre mondiale, l’orientation de la société française vers l’Orient commence à se réduire au Mandat français en Syrie et au Liban, puis à l’Égypte, d’abord sous l’impulsion de de Gaulle avant de changer à nouveau d’échelle dans les V années. .E La République Au cours des deux dernières décennies, l’Orient a été pensé à l’échelle du monde arabe, y compris les pays du golfe Persique.

Quelle a été l’influence de la culture, de la littérature, des arts et d’une forme de romantisme sur ce sentiment français envers l’Orient ?

L’orientalisme, qu’il soit littéraire, pictural ou savant, a fortement contribué à façonner la représentation de l’Orient par le public français. On peut penser notamment à la réception des histoires dans les classes populaires Mille et une nuitsTraduit en français du début du XVIIIe siècleE siècle En 19E Au cours du siècle, les récits de voyageurs tels que Chateaubriand, Lamartine ou Flaubert ont permis à un public averti d’imaginer plus précisément les paysages de l’Empire ottoman. Le romantisme se développe, évident dans les peintures de Delacroix, Ingres et Chasserieu. La peinture a répandu l’idée entière, matérialisée à partir de lieux comme le harem et le sérail. A cela s’ajoute la curiosité savante, notamment à travers l’égyptologie, grâce à des figures tutélaires comme Champollion. Tout cela a contribué à l’idéalisation de cette région du monde, y compris au niveau politique. Ainsi, le rêve d’un empire arabe allié à la France a pu faire partie de l’inconscient collectif jusqu’à la Première Guerre mondiale et au-delà.

Au regard de l’histoire de France, comment qualifiez-vous la politique orientale d’Emmanuel Macron ? S’inscrit-il dans une tradition particulière, telle que gaulliste ? différent

Dès son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a cherché à opposer ses deux prédécesseurs, que l’on croyait en rupture avec la tradition gaulliste. Il est certain qu’un certain nombre d’apports ont pu prendre un accent gaulliste, comme la volonté de se rapprocher de certains régimes politiques autoritaires en Égypte, comme celui du président Sissi, avec l’intention de promouvoir en priorité les intérêts de la France. Néanmoins, la diplomatie du président de la République reste une diplomatie des coups et des opportunités, bien loin de la vision globale qu’avaient de Gaulle et certains de ses successeurs au Moyen-Orient : il n’y a plus vraiment de politique arabe de chef d’État. . L’apport d’Emmanuel Macron est qu’il faut traiter les problèmes de la région avec une approche multilatérale, prenant en compte tous les acteurs, l’État et les citoyens. Mais cette approche n’est rien d’autre qu’une puissance secondaire, qui n’est plus en mesure d’avoir une influence indépendante de ses rivaux. Plus fondamentalement, le Quai d’Orsay ne reflète pas le nouveau cadre idéologique qui placera la diplomatie française après l’idéal de l’Empire arabe au 19E Politique arabe des siècles et XXeE siècle De ce fait, la politique française en Orient s’apparente de plus en plus à celle d’un marchand dont le seul but est de vendre des avions.

“La France et l’Orient”, Jean-François Physiac Composés passés

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